
Le 17 juin 2015, Alkarama a saisi en urgence le Rapporteur spécial sur la Torture (RST) de la situation actuelle d'Abdessamad Bettar, torturé et transféré en isolement dans le quartier disciplinaire de la prison de Safi, dans laquelle il est détenu, pour avoir entamé une grève de la faim et revendiqué sa libération.
En 2012, Alkarama avait saisi les procédures spéciales des Nations Unies du cas de ce jeune artisan accusé d'avoir participé à l'attentat de Marrakech du 28 avril 2011. Après son arrestation, il avait été gravement torturé et forcé de signer des aveux sous la torture puis condamné à 10 ans de prison à la suite d'un procès manifestement inéquitable. En mars 2013, le Groupe de travail sur la détention arbitraire (GTDA) avait rendu un Avis considérant sa détention arbitraire et demandant qu'il soit immédiatement libéré. À ce jour, les autorités marocaines n'ont toutefois pas mis en œuvre cet avis, qui demeure lettre morte, comme beaucoup d'autres.
Le 5 mai 2015, jour anniversaire de sa quatrième année en détention, Abdessamad a décidé d'entamer une grève de la faim et a adressé une lettre à différentes autorités et responsables pour les informer et faire part de ses revendications à savoir à mettre un terme immédiat à sa détention arbitraire, et à se conformer aux recommandations du Groupe de travail onusien.
Pour toute réponse. Abdessamad a été soumis à des représailles. Il rapporte avoir été totalement déshabillé, violemment battu et placé dans une cellule d'isolement sale et infestée de rats dans laquelle il s'est vu refuser le minimum d'hygiène. Privé de sorties dans la cour et de visites, il a également été transféré dans une aile où sont incarcérées des personnes atteintes de maladies mentales. Détenu dans de telles conditions, Abdessamad a vu son état de santé se dégrader rapidement.
Ce n'est que le 19 mai que sa mère et sa sœur sont finalement parvenues à lui rendre visite, après de longues heures d'attente. Couvert de traces de coups, Abdessamad sentait mauvais et portait des vêtements très sales. Transporté sur une chaise roulante, il a rapporté à sa famille, d'une voix à peine audible, tous les actes dont il avait été victime. Les deux femmes ont fait part de leur plus grande préoccupation quant à son état de santé qui s'était notablement détérioré.
Très inquiète, la famille a adressé de nombreuses requêtes au Procureur du Roi de Safi ainsi qu'au Ministère de la Justice et au bureau régional du Conseil National des Droits de l'Homme, (CNDH) et demandé leur intervention afin de mettre un terme immédiat aux violations dont Abdessamad fait l'objet ainsi que de lui garantir l'accès aux soins.
Aucune suite n'a toutefois été donnée à ces requêtes et aucune procédure n'a été engagée contre le directeur de la prison qui avait pourtant menacé la victime à maintes reprises d'atteintes à son intégrité physique et psychique. Compte tenu de ce climat d'impunité, la famille d'Abdessamad est aujourd'hui extrêmement préoccupée qu'il ne fasse à nouveau l'objet d'actes de torture et de mauvais traitements.
Alkarama rappelle que les autorités marocaines sont tenues de se conformer à leurs engagements en vertu notamment de la Convention contre la torture (CAT) – à laquelle le Maroc a adhéré le 21 juin 1993 – y compris à veiller à ce que la torture ne soit pas pratiquée dans les prisons et centres de détention sous sa juridiction et à prendre des mesures pour que les responsables de telles violations soient poursuivis et dûment sanctionnés. Le Maroc est également tenu de coopérer avec les procédures spéciales de l'ONU et se doit de se conformer à leurs recommandations. Il est ainsi impératif qu'Abdessamad Bettar et toutes les personnes détenues arbitrairement au Maroc soient immédiatement libérées.
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