Dans le cadre de l'examen périodique universel par le Conseil des droits de l'homme, la société civile est sollicitée à présenter des contributions. Alkarama for Human Rights a soumis le 20 novembre un rapport sur la situation des droits de l'homme en Tunisie.
La mission du Conseil poursuit notamment comme objectif l'"amélioration de la situation des droits de l'homme sur le terrain" et le "respect par l'état de ses obligations et engagements en matière de droits de l'homme".
La séance concernant la Tunisie prévue au mois d'avril 2008 étudiera à la fois les contributions du gouvernement tunisien et les rapports fournis par des organisations indépendantes. C'est à ce titre qu'Alkarama a présenté un bilan dans lequel elle a voulu exprimer ses préoccupations sur un certain nombre de points :
Le Président Ben Ali a depuis sa prise de pouvoir en 1987 instauré un Etat policier, verrouillant tout espace d'expression et interdisant toute opposition. De graves violations des droits de l'homme sont enregistrées : arrestations et détentions arbitraires, tortures dans les locaux des forces de sécurité mais aussi dans les prisons, procès inéquitables, harcèlement et criminalisation de militants politiques, défenseurs des droits de l'homme et journalistes.
- La situation s'est particulièrement dégradée après l'adoption de la loi antiterroriste en 2003. La définition du terrorisme y est particulièrement large et vague permettant de poursuivre tout opposant pour délit d'opinion mais surtout d'importants principes consacrés que le gouvernement tunisien s'est engagé à respecter sont gravement violés. Cette loi a instauré une justice d'exception siégeant à huis clos.
- Les agents de la sûreté de l'Etat enfreignent systématiquement les lois en matière d'arrestation, perquisition et placement en garde à vue. Les droits des prévenus sont violés durant toute la procédure judiciaire. Le délai de garde à vue n'est pas observé et pour camoufler cet abus qui s'effectue fréquemment au secret, les procès verbaux sont postdatés.
- Les personnes arrêtées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sont très souvent gardées à vue dans les locaux de la Direction de la sûreté de l'Etat du ministère de l'Intérieur où elles sont systématiquement torturées dans le but de leur extorquer des déclarations utilisées contre elles dans leurs procès.
- Des centaines de prisonniers politiques ou d'opinion accusés de liens avec le terrorisme croupissent dans les prisons où ils continuent à subir des tortures et des conditions de détention dégradantes et inhumaines.
- Les défenseurs des droits de l'homme subissent des continuels harcèlements pouvant aller jusqu'à des agressions physiques de la part de la police politique. Les journaux étrangers sont censurés et les journalistes critiquant le gouvernement menacés de licenciement, harcelés ou victimes de campagnes de dénigrement. La liberté d'expression religieuse est aussi fortement restreinte. Les femmes portant le hijab et les hommes barbus, habillés de vêtements islamiques (qamis) sont systématiquement harcelés.
Alkarama for Human Rights se félicite de la mise en place du Conseil des droits de l'homme et espère vivement que cette nouvelle institution saura formuler des conclusions et des recommandations qui prennent en compte les préoccupations de la société civile dans le but d'encourager les Etats concernés à œuvrer pour le respect des droits de l'homme.