La reconduite injustifiée de la loi sur l'état d'urgence est en contradiction avec de nombreux droits et garanties prévus dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en particulier l'article 21 sur le droit à la réunion pacifique et l'article 2 sur le droit à un procès équitable.
Le droit de toute personne à être jugée par un juge indépendant et impartial dans le cadre d'un procès équitable est primordial au regard du droit international et aucun Etat ne saurait y déroger sous prétexte de circonstances exceptionnelles.
La justice d'exception n'a pas été inventée sous le règne du président actuel Moubarak. Déjà, alors que Gamal Abul Nasser était président de l'Egypte, des civils étaient jugés par ces tribunaux militaires. Néanmoins, il est à noter que le nombre de procès de civils devant ces juridictions spéciales n'a cessé d'augmenter tout au long de « l'ère Moubarak ». La reconduite de la loi portant sur l'état d'urgence a ouvert la porte à de nombreux abus par les services de renseignement et de sécurité qui s'en servent pour réprimer les citoyens égyptiens et violer leurs droits les plus élémentaires, et ce en toute impunité.
Au cours des vingt dernières années, la plupart des jugements prononcés par les tribunaux militaires égyptiens ont été inéquitables. Le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils constitue une violation de l'article 68 de la constitution égyptienne qui garantit le droit de tout citoyen égyptien de recourir à son juge naturel.
En dépit des nombreuses condamnations émanant des organisations de défense des droits de l'homme, tant internationales que locales, les autorités égyptiennes continuent de prendre pour cibles et de déférer devant des tribunaux spéciaux les opposants politiques qui dénoncent la tyrannie et la corruption du gouvernement actuel Par exemple, les Frères musulmans, principale force d'opposition politique dans la ligne de mire des autorités égyptiennes, continuent d'être les principales victimes de ce système judiciaire d'exception.
Parmi les nombreux civils à avoir été victime de ces juridictions spéciales, figure Mohamed Khairat Al-Shatar. Au cours des 20 dernières années, il a été victime de nombreuses violations des droits de l'homme. En 2007, le gouvernement égyptien a fabriqué un dossier militaire de toutes pièces contre 7 membres des Frères musulmans, dont Mohamed Khairat Al-Shatar, des scientifiques, des professeurs d'université et des hommes d'affaires importants. Le procès au cours duquel ils ont été jugés était inéquitable et les seules preuves présentées au cours de la procédure judiciaire étaient des mémorandums émanant des services de renseignement égyptiens.
Il ne fait aucun doute qu'au cours du procès, les droits des prévenus ont été arbitrairement bafoués, comme en témoignent les déclarations faites et les preuves apportées lors de leur comparution. Khairat A-Shatar a été arrêté sans mandat judiciaire et sans aucune accusation portée contre lui; ses affaires personnelles ont aussi été confisquées. A cette période, il a été présenté devant un juge ordinaire puis libéré sans aucune charge retenue contre lui. Néanmoins, il a été arrêté une seconde fois, présenté devant un tribunal militaire et placé en détention pendant 7 ans sans aucune accusation.
Alkarama a soumis le cas de 26 personnes, dont Khairat Al-Shatar, au Groupe de travail sur la détention arbitraire le 27 août 2007, lequel a confirmé dans l'avis 27/2008 du 12 septembre 2008 le caractère arbitraire de leur détention.
Le Groupe de travail a exhorté le gouvernement égyptien à libérer ces personnes qui se trouvent toujours en détention. En dépit de cet appel, les autorités égyptiennes n'ont toujours pas ordonné leur libération.
Alkarama a demandé le 1er avril 2010 au Groupe de travail de rappeler au gouvernement égyptien ses engagements pris en vue des élections au Conseil des droits de l'homme en 2007. Les autorités égyptiennes avaient promis à cette occasion «d'appliquer tous les instruments des droits de l'homme qu'il avait ratifiés en se fondant sur les travaux de tous les mécanismes internationaux de défense des droits de l'homme. » En réalité, le gouvernement égyptien a systématiquement ignoré les recommandations faites par les mécanismes internationaux des droits de l'homme, mettant ainsi en cause la crédibilité de ses engagements devant le Conseil des droits de l'homme.
A l'heure actuelle, Mohamed Khairat Al-Shatar souffre de graves problèmes de santé, notamment d'un épaississement du muscle cardiaque dû à une pression artérielle trop élevée. Bien qu'il ait accès à un traitement médical, il n'est soumis à aucun contrôle médical rigoureux. En février 2010, il a été transféré en urgence à l'hôpital de la prison de Tora, comme de nombreuses fois au cours des deux dernières années.
Khirat Al-Shatar souffre également d'une bronchite chronique qui, combinée à ses problèmes cardiaques, lui cause non seulement de graves difficultés respiratoires mais augmente aussi le risque qu'il fasse une crise cardiaque. Il souffre également de diabète aigu, maladie qui a provoqué une inflammation des nerfs et des douleurs persistantes dans le pied. De surcroît, sa glande thyroïde est défectueuse et il souffre de calculs rénaux.
L'épouse et les enfants de M. Al-Shatar sont particulièrement inquiets de la situation de leur père, à présent détenu arbitrairement depuis près de 10 ans si l'on tient compte des 7 ans de prison qu'il a dus purger dans les années 1990, suite à sa condamnation par un tribunal militaire. L'épouse et les enfants de M. Al-Shatar portent encore le fardeau de toutes ces années de détention qui continuent de leur causer angoisses et inquiétudes. Ils sont d'une part très affectés psychologiquement et doivent d'autre part faire face à de graves difficultés matérielles étant donné que le salaire de M. Al-Shatar constituait la principale source de revenus de la famille.
Cela fait maintenant 3 ans et demi que Khairat Al-Shatar est en détention depuis sa dernière arrestation. En mai 2010, sa fille Zahra Al-Shatar a accordé une interview à Alkarama, interview durant laquelle elle témoigne de la situation tragique dans laquelle se trouve son père et des développements récents de l'affaire. (Voir vidéo ci-dessus).