
La semaine dernière, le 26 février 2009, Alkarama avait soumis à des appels urgents au Rapporteur spécial sur la torture, au Rapporteur spécial pour les défenseurs des droits humains et au Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires. Hier, le 4 mars 2009 Alkarama a encore adressé deux autres appels urgents au Groupe de travail sur la détention arbitraire et au Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.
Alkarama a fait de nombreuses investigations auprès de la famille M. Al-Dainy et d'autres témoins oculaires en vue de déterminer la séquence des événements et la situation actuelle. Il s'agit en effet d'un un cas assez uniqueavec le rappel, la semaine dernière, du vol à bord duquel M. Al-Dainy avait pris place pour aller de Bagdad à Amman. L'ordre de rappel de l'avion a été émis sur instruction directe du Premier ministre irakien, M. Maliki. Peu de temps après sa première arrestation à bord de l'avion, M. Al-Dainy a disparu.
La situation actuelle - l'objet de l'Appel urgent
M. Al-Dainy a été arrêté par les forces de sécurité irakiennes, le mercredi 25 Février 2009, à bord d'un avion qui a été rappelé alors qu'il faisait route vers Amman, Jordanie. Parmi les passagers, figuraient quatre autres députés irakiens: Maysoon Al Damlouji, Ahmed Radi, Ali Al Sajri et Assaad Al Issaoui. Alkarama a longuement parlé avec M. Al Sajri sur la séquence des événements.
L'avion à bord duquel voyageait M. Al-Dainy a été rappelé environ 30 minutes après son décollage. Un officier des forces de sécurité en civil est monté à bord de l'avion, alors que trois autres, armés, se sont positionnés devant la porte de l'avion. M. Dainy a alors été sommé par l'officier en civil de le suivre. Les passagers, dont quatre députés et collègues de M. Dainy - Maysoon Al Damlouji, Ahmed Radi, Ali Alsajri, Assaad Al Issaoui - ont été témoins de cette interpellation. Deux députés, dont M. Alsajri, ont insisté pour accompagner M. Dainy.
L'agent de sécurité et de colère, il a répondu qu'il avait agi sous les ordres du Premier ministre Maliki, qui ont été donnés à la Procureur fédéral. Ces ordres étaient que M. Al-Dainy devait être interdit de voyager et il devait y avoir un ordre de son arrestation. M. Al-Dainy et les autres députés a demandé de la documentation des commandes. Ils n'ont pas reçu ces documents et après un certain temps, ils ont remis leur passeport et ils ont quitté l'aéroport.
Dans le bureau de l'officier, M. Dainy et ses deux collègues ont demandé à voir le mandat d'arrêt qui justifierait une telle interpellation. L'officier a alors répondu en colère qu'il agissait sur ordre direct de M. Maliki, premier ministre et que ce dernier avec donné des instructions au Procureur fédéral pour qu'il émette un mandat d'arrêt. Il les a informés qu'en attendant ce mandant, il avait reçu l'ordre d'empêcher M. Dainy de quitter l'Irak. Après une trentaine de minutes de discussions et vu que le mandat n'était toujours pas arrivé, l'officier a décidé de libérer M. Dainy et ses collègues en leur remettant leurs passeports.
M. Dainy, selon les témoignages recueillis par Alkarama, a alors quitté l'aéroport en compagnie de M. Alsajri, pris en charge par l'escorte de ce dernier. A environ cinq kilomètres de l'aéroport, M. Dainy a demandé au chauffeur de s'arrêter et a annoncé à M. Alsajri qu'il voulait descendre. M. Alsajri s'est étonné d'une telle demande : qu'est-ce qui pousserait M. Dainy à descendre sur l'autoroute, loin de toute agglomération. La réponse de M. Dainy a été claire : « s'ils me prennent, ils me tueront ! ».
Selon M. Alsajri, M. Dainy est alors descendu du véhicule qui a repris son chemin. Interrogé par Alkararma sur les chances de M. Dainy d'échapper aux contrôles de police dans cette région, la réponse de M. Alsajri a été claire : quasiment nulles. En effet, l'autoroute menant de l'aéroport à Bagdad est très surveillés par les forces gouvernementales irakiennes qui ont pris le contrôle officiellement de toute cette zone le 24 janvier 2009 des mains des forces de la coalition. Une dizaine de minutes plus tard, arrivé au point de contrôle principal à l'entrée de Bagdad,le convoi de M. Alsajri a été arrêté et son chauffeur et ses gardes du corps ont été arrêtés. Ils ont été torturés par les forces de police qui voulaient qu'ils les informent de l'endroit où M. Dainy « se serait caché ». M. Dainy n'a plus été revu depuis cet événement. Aucun membre de sa famille n'a eu de ses nouvelles.
Les médias citant des sources gouvernementales affirment que M. Al-Dainy se serait " éclipsé " de l'aéroport et qu'il serait maintenant en fuite (New York Times, "Lawmaker Leaving Iraq is Detained, Then Freed", Marc Santora, 26 Février 2009 .)
L'immunité de M. Al-Dainy a été levée par le parlement au cours d'une session extraordinaire d'urgence.
Les membres de la famille de M. Al-Dainy sont aussi persécutés et vivent dans un état de grande peur. De nombreux membres de sa famille, y compris son père agé de 85 ans, ont été arrêtés à leur domicile, leurs maisons ont été saccagées et leurs voitures incendiées.
M. Al-Dainy est accusé par les autorités irakiennes d'avoir commandité un attentat-suicide au Parlement iraquien, le 12 avril 2007, qui avait alors tué huit personnes, dont un député du même parti que M. Al-Dainy, M. Mohammad Awad. M. Al-Dainy a publiquement réfuté toutes ces allégations et affirmé qu'il était qu'elles étaient politiquement motivées et en représailles pour son travail dans la défense des droits de l'homme en Iraq, notamment sur ses révélations sur les prisons secrètes et illégales en Irak.
Les (fausses) allégations sont fondées sur des «aveux» faits par un neveu de M. Al-Dainy, et son chef de sécurité après qu'ils eussent été arrêtés. Avant son arrestation et sa disparition, M. Al-Dainy avait informé Alkarama, et confirmé dans une conférence de presse,que ces «aveux» ont été obtenus par la torture -, il a déclaré: «[ces accusations], sont des fabrications ... Il est clair qu'ils (ses gardes du corps) ont été torturés alors quand ils ont été présentés à la télévision ". (voir, par exemple, The Daily Star, le 26 Février 2009).
Nous sommes d'avis qu'il est très clair que son travail de dénonciation des violations des droits de l'homme en Iraq, y compris sa récente visite à Genève sont la raison pour laquelle les autorités agissent contre M. Al-Dainy et sa famille. Nous craignons pour sa sécurité, surtout par le fait que les autorités continuent d'affirmer qu'elles ne le détiennent pas et qu'il est «en fuite». Nous rappelons également que M. Al-Dainy a déjà été la cible de plusieurs tentatives d'assassinat, dont les auteurs n'ont jamais été identifiés, mais que M. Al-Dainy liait au gouvernement irakien en vue de mettre fin à son activité.